Au Kam San, un instituteur devenu l'un des députés prodémocratie ayant siégé le plus longtemps à Macao, pose pour un portrait à Macao, le 12 décembre 2024 ( AFP / Eduardo Leal )
Un tribunal de Macao a condamné vendredi l'ex-député local et militant prodémocratie Au Kam San à 12 ans et six mois de prison pour subversion et autres infractions.
Il devient ainsi la première personne condamnée en vertu des lois de sécurité nationale à Macao, qui a le statut de région administrative spéciale chinoise comme Hong Kong.
L'ancien enseignant de 69 ans a longtemps été l'un des leaders du mouvement prodémocratie dans l'ancienne colonie portugaise rétrocédée à la Chine en 1999.
Il a été arrêté en juillet 2025, les autorités l'accusant d'entretenir des liens avec des groupes étrangers mettant la Chine en danger.
L'ex-député a été reconnu coupable vendredi, notamment de "subversion contre le pouvoir politique de l'État", après un procès de trois jours à huis clos en septembre dans l'île.
Au Kam San a fourni une aide "à des organisations hostiles étrangères pour la collecte, la préparation et la diffusion publique de diverses images et informations manifestement empreintes de revendications politiques à caractère subversif à l'égard de l'autorité politique de l'État", indique le communiqué du tribunal.
Il a également cherché à "inciter les résidents de Macao à la haine envers le gouvernement" dans l'intention de "renverser et de porter atteinte au système fondamental de l'État", ajoute-t-il.
Une "affaire intérieure", selon Pékin
Pékin a qualifié vendredi ce procès d'"affaire intérieure", mettant en garde contre toute "ingérence de forces extérieures" par le biais de procédures judiciaires, lors d'un point de presse du ministère des Affaires étrangères.
Le gouvernement de Macao a, lui, salué le verdict, promettant de "faire appliquer strictement la loi sur la sécurité nationale à Macao".
Macao dispose de son propre système juridique, largement fondé sur le droit portugais, mais a adopté une loi sur la sécurité nationale en 2009 punissant les actes de trahison, sécession et subversion contre le pouvoir central, élargie en 2023 avec l'objectif affiché de prévenir les ingérences étrangères.
Michael Polak, directeur de l'ONG Justice Abroad et avocat au barreau de Londres qui se présente comme le conseil de M. Au à l'étranger, a condamné vendredi le "faux procès" d'un citoyen portugais qui "couvre Macao de honte".
Ce jugement "place Macao au niveau des États les plus répressifs au monde" avec un procès "sans la moindre apparence d'une procédure judiciaire correcte et équitable", a déclaré M. Polak dans un communiqué.
L'ONG avait indiqué en juillet que la famille de M. Au n'avait pas été autorisée à le voir ni à lui parler depuis des mois, à part un appel de moins d'une minute, le lendemain de son arrestation.
Veillées commémoratives
Un fourgon pénitentiaire est visible à l’extérieur du tribunal de première instance de Macao, le 6 novembre 2026. Un tribunal du territoire chinois de Macao a condamné l’ancien député et militant pour la démocratie Au Kam San à douze ans et six mois de prison pour subversion et autres infractions ( AFP / Tommy WANG )
Le tribunal a indiqué vendredi avoir autorisé les visites en prison pour la famille du condamné.
"D'un procès à huis clos à une audience publique pour le prononcé de la peine, quel genre de procédure est-ce là ? C'est un procès politique", a dénoncé vendredi l'épouse de l'ex-député, Virginia Cheang Mio San, dans une lettre ouverte.
Seuls quelques médias locaux ont été autorisés à entrer dans la salle d'audience, les responsables invoquant un nombre limité de places assises.
Instituteur, Au Kam San est entré en politique après la répression de 1989 en Chine.
Il a été conseiller municipal avant d'être élu à cinq reprises entre 2001 et 2021 au Parlement de Macao.
Depuis les années 1990, il avait contribué à organiser des veillées commémorant les victimes de la répression sur la place Tiananmen. Macao et Hong Kong ont longtemps été les seuls endroits en Chine où de telles commémorations publiques pouvaient avoir lieu.
Jason Chao, un proche du militant, a déclaré à l'AFP que l'ancien député était considéré à Macao comme quelqu'un qui "n'avait pas peur de s'opposer à ceux qui détiennent le pouvoir" et avait notamment dénoncé la corruption dans l'île aux casinos gigantesques.
En 2024, Au Kam San reconnaissait que son action avait eu peu d'effets tangibles. "J'admets que, dans la lutte pour la démocratie, nous n'avons rien accompli, mais je crois au fait de semer des graines et de leur donner une chance de pousser", avait-il déclaré à l'AFP.
La directrice adjointe Asie de Human Rights Watch, Maya Wang, a estimé que "le bâillonnement des voix prodémocratie à Macao par les autorités reflète l'offensive plus large du gouvernement chinois contre la dissidence et les libertés fondamentales", appelant à des pressions de la part du Portugal et de l'Union européenne.
À Hong Kong, le militant hongkongais pour la démocratie Joshua Wong a été condamné jeudi à 10 années de prison supplémentaires en vertu de la loi sur la sécurité nationale en vigueur dans le territoire.

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